Le tour des Gastlosen, se rassasier de montagne!

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  1. En attendant le départ de la randonnée aux Gastlosen
  2. Pas de Gastlosen-Express, cette fois-ci! Tout à la force des mollets!
  3. La mythique chaîne des Gastlosen
  4. Le Chalet du Soldat et sa terrasse panoramique
  5. Les dortoirs, toute une histoire!
  6. Le col du loup par le sud des Gastlosen

En attendant le départ de la randonnée aux Gastlosen

J’ai rendez-vous à Jaun (1015 m) avec mes deux acolytes de randonnée. En attendant leur arrivée, je m’installe à la boulangerie du village, afin de profiter d’un agréable café croissant. Je reçois alors une photo de mes amies apparemment bloquées derrière un troupeau de vaches à Charmey! Un deuxième café sera nécessaire.

Priorité aux traditions

C’est la saison de la Bénichon et à cette occasion tout le village de Charmey est en fête. Plusieurs courses de charrettes en bois sont organisées durant le week-end. Un public nombreux vient chaque année soutenir et motiver les participants. Il n’est donc pas rare que l’évènement créé quelques embouteillages sur la route en direction du Jaun, mais jamais autant que lors de la fameuse désalpe de Charmey.

désalpe Charmey
© Charmey Tourisme

Lors de la rindyà, nom patois donnée à la désalpe, des dizaines de troupeaux redescendent de la montagne. Le bétail est orné de fleurs multicolores, les vaches portent leur plus belle sonnaille. À leur côté, des hommes et des femmes en costume traditionnel (bredzon et dzaquillon) donnent le rythme.

C’est à chaque fois très émouvant et impressionnant, une véritable carte postale extrêmement appréciée des locaux comme des invités qui viennent du monde entier pour cette célébration automnale.

Pas de Gastlosen-Express, cette fois-ci! Tout à la force des mollets!

Mes amies sont enfin arrivées, nous allons pouvoir débuter notre expédition. Le Chalet du Soldat est pour la plupart des randonneurs un incontournable du tour des Gastlosen. Avec mes camarades de montagne, nous mettons un point d’honneur à y passer la nuit, mais aussi d’y parvenir à pied, renonçant délibérément à la montée confortable sur 500 mètres avec le télésiège Gastlosen-Express de Jaun.

Gastlosen Express Jaun
© La Gruyère Tourisme

La Poya, une peinture traditionnelle

En traversant le village nous admirons l’architecture d’une admirable ferme en bois. Une grande peinture, que l’on nomme Poya, est accrochée sur la façade, protégée par l’avant-toit. Il n’est pas rare de pouvoir observer ses œuvres représentant la montée des vaches à l’alpage et la prospérité des agriculteurs, avec cette fois-ci, les Gastlosen en arrière-plan. Allons voir ce massif de plus près, il est grand temps de nous mettre en marche.

poya
© Franck Auberson

Cascade de Jaun – source d’énergie

La cascade de Jaun est notre point de départ. Considérée comme un haut-lieu énergétique, cette cascade possède un attrait énigmatique, sans doute dû à sa source longtemps restée mystérieuse.

Son eau prend naissance dans le flanc du Vanil Noir à environ 15 kilomètres au sud-ouest.  Elle s’enfonce ensuite sous le vallon des Morteys, parcourt les entrailles de la montagne pendant onze jours avant de se jeter, ici, presque au centre du village. Durant la fonte des neiges, jusqu’à 6000 litres par seconde s’écoulent, de quoi apporter, c’est certain, beaucoup de vigueur au lieu.

Selon la géobiologue Blanche Merz, la chute d’eau est considérée avec ses 13’500 unités Bovis, comme l’un des hauts lieux cosmo-telluriques reconnus en Suisse. Son eau finement pulvérisée, rafraîchit nos visages en cette chaude journée. Je ferme un instant les yeux, tentant de capter cette subtile énergie.

Cascade de Jaun
© Gilles Lansard

Le chemin des Préalpes 78, le chemin vers le Chalet du Soldat

L’itinéraire que nous allons emprunter de Jaun au Chalet du Soldat (anciennement Chalet du Régiment) fait partie des itinéraires de Suisse Mobile indiqué comme étant la quatrième étape du Chemin des Préalpes fribourgeoises 78.

  • SuisseMobile Fribourg
  • Sentier des Préalpes n° 78
  • Etape 4, Jaun – Chalet du Soldat
  • Longueur: 6 kilomètres
  • Ascension: 820 m / descente: 70 m
  • Durée de la randonnée: 2h40 
  • Technique: facile (sentier de randonnée), condition: moyenne

Nous nous engageons sur un chemin forestier, sans se douter à cet instant, que nous avons déjà déviées du chemin prévu!

Sur la route asphaltée, nous suivons notre instinct pour monter à droite au lieu de descendre à gauche comme suggéré sur la carte. Nous croisons la rivière Sattelbach, puis prenons rapidement de l’altitude. D’autres randonneurs et quelques automobilistes locaux qui empruntent ce même itinéraire nous rassurent sur notre choix. Nous n’allons pas tarder à rejoindre la célèbre Buvette des Sattels (1375 m).

La mythique chaîne des Gastlosen

La voilà! La spectaculaire chaîne des Gastlosen, découpant le ciel de ses sommets ciselés. Impressionnant! Pas étonnant qu’elle soit considérée comme les Dolomites de Suisse. Ses falaises de calcaire imposent leur présence dans un ciel parfaitement bleu.

gastlosen
© Claude-Olivier Marti

Le diable un peu trop furieux

Quelques foulées supplémentaires et voici que nous apercevons le fameux «trou de la grand-mère». La légende raconte que le diable, furieux contre sa grand-mère l’aurait jetée contre la paroi rocheuse. Plus sérieusement, les géologues expliquent que le trou qui transperce la montagne est un phénomène naturel d’érosion d’une faille déjà existante.

Très appréciée par les photographes, cette cavité de cinq mètres de large et quinze mètres de haut laisse quelque fois par année entrer le soleil. Entre novembre et février, lorsque le soleil est bas, le temps de quelques minutes, il reste pris au piège de la roche. En ce jour d’octobre, je ne vois qu’un gros morceau de ciel limpide, mais l’effet est déjà saisissant.

Trou de la Grand-mère gastlosen
© Nicolas Geinoz

Des Gastlosen au Bahamas

Les informations du sentier géologique des Gastlosen nous fournissent quelques précieuses informations. Il y a 160 millions d’années, les calcaires constituant la chaîne des Gastlosen se sont formés sur une plate-forme carbonatée, exactement comme les Bahamas.

Ces rochers calcaires se sont ensuite soulevés et redressés, formant une sorte d’écaille au-dessus des couches de Flyschs des Préalpes Supérieures.

La Buvette des Sattels sur la route des Gastlosen

Nous y voici, après une heure de marche, nous arrivons à la Buvette Sattelschwand ou Buvette des Sattels (1’375 m d’altitude). Le gâteau aux myrtilles a l’air délicieux, le soleil brille sur la terrasse bien occupée. Dans l’enclos voisin, les lapins se chamaillent en dénichant les derniers brins d’herbe. Les enfants peuvent les regarder pendant des heures, offrant ainsi à leurs parents un moment de détente entre adultes.

C’est exactement comme cela que la plupart des Fribourgeois aiment leurs restaurants d’altitude ou leur buvette d’alpage. Confortable, avec une belle vue, des produits du terroir et des places de parking juste devant la cabane! Malheureusement, de notre côté, nous profiterons des gourmandises de la buvette d’alpage une autre fois.

Zone d’éboulement

La buvette marque la fin de la route goudronnée. Nous traversons ensuite une zone d’éboulement. Des rochers de calcaire parsèment la forêt clairsemée de leurs tâches blanches et éclatantes. La roche, tantôt recouverte de mousse duveteuse ou enlacée de racines d’épicéas, semble bien avoir été relâchée de force par les Gastlosen.

Surplombant la scène, la chaîne est aujourd’hui parfaitement calme et silencieuse. Des choucas forment des cercles parfaits en profitant des vents ascendants.

Sans prévenir, le ciel se couvre. Seules les parois rocheuses des Gastlosen et du Marchzähne (aussi appelé Petit Grenadier) brillent encore au soleil. L’automne s’installe avec ses lumières et son atmosphère si particulières. La meilleure saison, à mon avis, pour la randonnée en montagne.

gastlosen
© Switzerland Tourism/Martin Maegli

Le Chalet du Soldat et sa terrasse panoramique

L’arrivée au Chalet du Soldat, s’apparente à l’ouverture d’une pièce de théâtre. Lorsque la dernière montée (une dérupe comme les Fribourgeois aiment nommer une forte déclivité), le rideau s’ouvre enfin sur le Chalet du Soldat. De pierre et de bois, il fait face avec fierté aux Gastlosen.

En contrebas, la vallée du Petit Mont relie Im Fang, au loin le sommet de la Hochmatt (2152 m) et en arrière-plan nous voyons nettement le massif du Vanil Noir, la plus haute montagne du canton de Fribourg (2’389 m). La chaude lumière de la fin d’après-midi nous offre un spectacle gratifiant pleinement nos efforts de randonneuses.

Chalet du Soldat
© Pascal Gertschen

Une deuxième surprise nous arrive par les airs; le doux chant du Ranz des Vaches parvient à nos oreilles. Immanquablement, le Lyoba, cette mélodie qui réunit les Fribourgeois mais aussi tous les montagnards, donne à chaque fois la chair de poule.

L’hospitalité et la bonne ambiance du Chalet du Soldat

Le joueur de cor des alpes n’est autre que Nicolas Gavillet, le gardien de la cabane lui-même! Avec sa compagne Sylviane Marendaz, il dirige le Chalet du Soldat depuis novembre 2017, mais cela fait bien plus longtemps qu’il considère le Chalet du Soldat comme une deuxième maison.

Dans les années 1980 et 1990, ce directeur de travaux avait déjà dirigé et planifié plusieurs chantiers au Chalet du Soldat. Il connaît donc parfaitement l’intérieur et l’extérieur du bâtiment, des installations sanitaires en passant par l’enveloppe de tavillons et la charpente.

En octobre, la fraîcheur des débuts de soirée se fait rapidement ressentir. Malgré cela, nous buvons un dernier verre de Chasselas du Vully avant de nous réfugier dans la chaude atmosphère du chalet.

L’ambiance est très animée et contraste avec le calme extérieur. Nicolas m’avait prévenu au téléphone que ce lieu de fête ne permet pas forcément une grande nuit de repos! Aucun problème, nous aimons aussi nous amuser.

Les discussions vont bon train

Nos voisins de table racontent leur ascension de six heures, de Charmey au Chalet du Soldat en passant par la Vallée du Gros Mont. Ces grands marcheurs méritent pleinement la fondue charolaise et ses cinq légumes!

Soudain, un mouvement général nous pousse à l’extérieur. La magie des Gastlosen opère et nous offre une représentation grandiose. Les derniers rayons du soleil illuminent le massif d’un orange profond qui s’évanouit en quelques secondes, laissant place à l’obscurité. Rassasiées par tant de beauté, nous retournons à notre table.

Gastlosen
© Pascal Gertschen

Les conventions et les mélodies du Chalet du Soldat

Le gardien de cabane prend la parole d’un ton légèrement militaire afin d’énoncer les quelques règles du chalet: faire la vaisselle, enlever les chaussures de montagne avant d’accéder au dortoir, etc. Il m’explique en aparté: «Le Chalet du Soldat est relativement facile d’accès. Il est donc tout à fait normal que tous ne connaissent pas le bon comportement dans un chalet de montagne. Je sais par expérience que mentionner haut et fort les principes de base, permet de vivre un très bon séjour tous ensemble dans ce petit espace.»

Une fois les choses bien mises à plat, sa deuxième intervention est nettement plus joviale. Le cor des alpes prend sa place et il entame alors des airs entraînants comme Aux Champs-Elysées. Les applaudissements fusent et l’ambiance ne fait que s’échauffer.

Du lac à la montagne

Nicolas et Sylviane ne sont pas des hôtes débutants. Pendant des années, ils ont tenu La Nacelle, le restaurant-buffet et épicerie du Camping de Portalban (district de la Broye) au bord du lac de Neuchâtel.

Nicolas y était aussi responsable de l’approvisionnement en eau, une préoccupation qui a connu de gros problèmes au Chalet du Soldat durant l’été 2019. Environ un demi-million de francs suisses ont été investis pour moderniser les systèmes d’approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées.

chalet soldat
© Pascal Gertschen

Les débuts d’une légende

Le Chalet du Soldat qui appartient à la fondation privée Fondation Chalet du Soldat de Fribourg portait, à son origine, le nom de Chalet du Régiment.

La maison a une histoire connue loin à la ronde. Le Chalet du Soldat (1’752 mètre d’altitude) a été construit à des fins militaires durant la Seconde guerre mondiale. Il a ensuite été ouvert à tous.

Les origines du chalet du Soldat

En 1943, au milieu du chaos de la guerre, Paul Wolf, commandant du 16e bataillon des troupes de montagne, découvre des lacunes considérables dans l’entraînement alpin de ses troupes. Un centre d’entraînement pour les troupes de Fribourg permettrait de remédier à cette situation. Il faut pour cela trouver un lieu adéquat.

En décembre 1943, la responsabilité de la construction du chalet fut transférée à l’ensemble du régiment de Fribourg. Les objectifs ont été fixés avant le début de la construction: le chalet devait assurer l’entraînement estival et hivernal des troupes alpines.

Le chalet devait également être ouvert aux alpinistes civils, la priorité étant donnée aux officiers, sous-officiers et soldats des troupes qui ont participé à la mobilisation à partir de 1939.

Inauguration

Le Chalet du Régiment est inauguré le dimanche 23 septembre 1945 . Dans les colonnes de « L’Ami du peuple » quotidien politique, religieux et social du mardi 15 septembre 1945, M.F. raconte :

«La maison des soldats de Fribourg est située dans un cadre de toute beauté, à 1752 mètres d’altitude, face au massif des Sattelspitzen, à proximité du Stillwasserwald et du col du Loup (…).

Le capitaine Pierre Barras, préfet de la Gruyère, anime la soirée récréative, enchaînant avec verve sketches et chansons (…)

Le capitaine-aumônier Paul von der Weid célèbre la messe et prononce un sermon d’une sobre éloquence. (…)

Un autocar attend les touristes à Bellegarde et à la Villette à 17 heures.

Bientôt, comme le dit le beau chant de Pierre Kaelin, les bûcherons quitteront leur hache, les vignerons leurs vignes, non cette fois, pour couvrir la frontière mais pour gagner leur chalet, pour parachever leur forme militaire, certes mais surtout pour reprendre contact avec une de ces régions où le cœur de la patrie semble battre plus fort, pour écouter ce cœur qui porte à sa manière le message de Dieu.»

Histoire complète

Chalet du Soldat
© Pascal Gertschen

Les dortoirs, toute une histoire!

Cela faisait longtemps que je n’avais pas dormi dans un dortoir de douze lits. Y’aura-t-il d’insupportables ronfleurs? Devrai-je chevaucher des sacs à dos ou autres amas de chaussettes sales pour accéder aux toilettes durant la nuit? Je m’installe du mieux que je peux dans mon sac de couchage. Le sac de couchage est d’ailleurs obligatoire, ceux qui l’auraient oublié doivent en louer un sur place.

En fermant les yeux, les paysages de cette magnifique journée défilent devant mes paupières closes, le film n’est pas fini et je m’endors déjà.

Quelques heures plus tard, je cligne des yeux, aveuglée pour un instant par la lumière du jour. La nuit est passée. Je suis toute seule! À l’extérieur, le ciel rosé et dégagé annonce une matinée ensoleillée, mon cœur fait un bond de joie. Hop ! Je me dépêche car je n’aimerais pas manquer le petit-déjeuner!

Nicolas et Sylviane se préparent déjà pour la prochaine vague d’invités qui devraient arriver en nombre en ce dimanche d’octobre. Le Chalet du Soldat est une destination très populaire pour les randonneurs d’un jour, si bien que Nicolas s’attend à une salle pleine pour le repas de midi. 

Le col du loup par le sud des Gastlosen

Nous prenons congé et atteignons en une demi-heure le passage du col du loup (1’921 m), le point culminant du tour des Gastlosen à la frontière entre les cantons de Fribourg et Berne. La vue s’étend jusqu’aux sommets des Alpes bernoises et vaudoises, avec en point de mire, le glacier des Diablerets étincelant comme un diamant.

Nous empruntons pour un court instant un tronçon bernois sur les flancs herbeux du côté sud des Gastlosen. Plus d’une fois nous nous arrêtons pour admirer les grimpeurs au-dessus de nos têtes. Avec plus de 800 voies, les Gastlosen sont connues internationalement comme un paradis de l’escalade. 1450 longueurs pour tous les niveaux y sont accessibles.

Gastlosen escalade
© Pascal Gertschen

Des sons mélancoliques parviennent à nos oreilles, un soliste de cor des Alpes fait résonner son air contre les parois rocheuses sans que l’on puisse savoir d’où il provient.

Un retour gourmand par le Chalet Grat 

Le soleil est à son paroxysme, cette journée automnale ressemble maintenant au meilleur de l’été, nous sommes extrêmement reconnaissantes d’être ici, dans un décor si radieux.

Un peu plus tard, de retour sur territoire fribourgeois, nous ne repoussons pas l’idée alléchante d’une halte au chalet Grat (1’641 m) géré par la famille Buchs. Nous craquons pour une tranche de fromage, et des röstis bien accompagnés.

En guise de dessert, nous nous offrons un panorama parfaitement clair sur les Alpes bernoises et les hauts sommets valaisans. Plus personne n’a envie de redescendre mais une heure et demie de marche nous attendent encore avant de retrouver la station de Jaun. Haut les cœurs! Nous reviendrons!

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