Et la lumière traverse le vitrail!

  1. Les trésors du château de Romont
  2. Le verrier dans son atelier
  3. Le verre souple comme du miel
  4. L’art du vitrail au Moyen-Âge
  5. Lumière naturelle
  6. Un centre de recherche 
  7. L’art du vitrail au féminin
  8. Lumière et musique

Les trésors du château de Romont

Les vitraux sont souvent des oeuvres que l’on observe de loin et qui paraissent inaccessibles, à l’image des verrières hautes de la nef de nombreuses cathédrales, ou des ornements de prestigieuses bibliothèques. Au château de Romont, depuis 1981, le Vitromusée offre un accès privilégié à tout amateur d’art du vitrail ou d’art en général.

À l’extérieur, le soleil illumine la cour du château de Romont, un calme apaisant offre un agréable moment à l’écart du quotidien. À l’intérieur, j’emprunte l’escalier et quelques secondes suffisent pour habituer mon regard à la douce obscurité du lieu.

Savamment étudiée, la mise en scène de la lumière du Vitromusée permet d’apprécier les vitraux de manière idéale et incomparable. La possibilité de tourner autour de la plupart des oeuvres permet un examen minutieux des différentes techniques et d’observer au plus près tous les détails.

L’édifice du XIIIe siècle abrite une collection de vitraux du Moyen Âge, de la Renaissance, du Baroque, de l’Art Nouveau mais aussi de créations contemporaines visibles sur trois étages du château. Des expositions temporaires augmentent régulièrement la palette infinie de la représentation de l’art du vitrail et de la peinture sous verre à travers les âges et les pays. 

Dans l’orangerie qui mène à la Salle St-Luc, des pièces contemporaines jouent avec la lumière naturelle. Les couleurs dessinent des taches lumineuses flottantes, se transformant sous les incidences d’un ciel changeant. Des bruits et des rires attisent ma curiosité, que se passe-t-il à quelques pas de là?

Le verrier dans son atelier

Un groupe de personnes assistent avec beaucoup d’attention à une démonstration de l’artiste verrier Thomas Blank. Une occasion rare de découvrir un aperçu ardent des techniques de l’artisanat du verre. Les participants ont la possibilité de se rapprocher des sensations magiques de la matière en fusion. Je me faufile dans la petite foule mais la chaleur des fours me tient respectueusement à distance du verrier.

Thomas Blank est un artisan et un artiste verrier à la fibre pédagogue. Lui-même formé aux techniques vénitiennes dans les très renommés ateliers de l’île de Murano, il transmet aujourd’hui une partie de son savoir lors de démonstrations et ateliers au Vitromusée Romont:

  • Vitrodécouverte (visite guidée 30 min, suivie d’une démonstration de soufflage du verre 30 min)
  •  Vitrodécouverte PLUS (visite guidée 1h, suivie d’une démonstration de soufflage du verre avec participation du public 1h) 

Les deux options sont proposées à des groupes allant de 20 à 80 personnes et peuvent être agrémentées d’un apéritif dans l’orangerie du Vitromusée.

Le verre souple comme du miel

Depuis plus de vingt ans, la fascination de Thomas Blank pour le travail avec le feu ne tiédit pas. Ce métier demande endurance et persévérance, mais procure une énorme satisfaction de voir ses efforts récompensés lorsque, après des heures de labeur, une œuvre est achevée.

Des outils immuables

Depuis 500 ans, l’outillage du verrier n’a pratiquement pas changé. La canne, une longue tige de métal, est plongée dans le four afin de récupérer la masse de verre en fusion. Les pinces servent à étirer, vriller, aplatir, sculpter le verre incandescent. Quant à la mailloche, sorte de grosse louche de bois mouillé, Thomas l’utilise tout comme ses ancêtres verriers, pour arrondir la masse de cristal, lui donner une forme de sphère avant de la souffler.

Une petite poche d’air d’abord, insufflée sèchement, qu’il agrandit doucement afin de réaliser plusieurs grandeurs de verres. Pour détacher la pièce, il laisse tomber une goutte d’eau, sa différence de température tranche net le pied qui la maintenait sur la canne.

Essai maladroit 

Je vais pouvoir tenter à mon tour de reproduire quelques-uns de ces gestes traditionnels. Les quatre fours dégagent un souffle chaud, l’air est lourd, les actions se doivent mesurées et calmes.

Thomas me tend la canne dont la pointe est recouverte d’une boule de mélasse rougeâtre. Je m’assois pour faire rouler la barre sur le chevalet de travail, empêchant maladroitement la masse de tomber à terre. De la main droite, j’empoigne une longue pince. Dans les premières secondes, le verre s’allonge facilement mais très rapidement il perd sa couleur et durcit. Je suis bien trop lente.

Si l’idée de base était de réussir à créer un élément figuratif, en une seule seconde l’ambition redescend d’un cran. Heureusement, la matière peut être réchauffée autant de fois qu’il est nécessaire. Je réitère l’exercice sans plus de succès, ce ne sera ni une fleur, ni même une forme reconnaissable, mais le bonheur inoubliable d’avoir pu tester un art ancestral!

Le cheval de verre, une sculpture incontournable

À Venise, dans les ateliers de Murano, un maître verrier était toujours aidé par de jeunes enfants qui gravissaient autour de lui, espérant un jour devenir son assistant. Pour que le maître choisisse un élève, la légende raconte que celui-ci devait être capable de faire naître un petit cheval de la masse en fusion. L’animal devait être exécuté rapidement, avec une anatomie bien proportionnée et un mouvement du corps naturel.

Thomas Blank nous en fait la démonstration, en un temps record, avec des gestes à la fois précis et souples, il donne naissance à la fameuse sculpture.

D’autres ateliers

Les peintres-verriers de l’Association professionnelle suisse du vitrail proposent des démonstrations et des ateliers, encore une chance supplémentaire d’en apprendre davantage sur cet artisanat si particulier. Le bisannuel Vitrofestival donne accès à davantage de connaissances et de découvertes et accueille autant les professionnels du métier que le grand public.

L’art du vitrail au Moyen-Âge

Au dernier étage, sous la charpente apparente du château, une exposition présente un panel de travaux figuratifs du Moyen-Âge et de l’époque moderne. Des couleurs intenses pour l’art roman, un dessin plus détaillé pour la période gothique. Dès la Renaissance, les peintres-verriers apportent la perspective et la justesse anatomique à leurs travaux.

Portraits intrigants

Deux oeuvres exposées côte à côte imposent immédiatement leur fascinante présence: “The lady with a book” et “The lady with the rose  » toutes deux créées vers 1917 par Owen Bonawit. Au lieu d’utiliser du verre plat, le verre a été coulé en relief pour obtenir un produit fini plus épais avec une surface profilée qui offre davantage de profondeur et une densité lumineuse fascinante.

L’absence de couleurs vives renforce la puissance du regard de ces deux femmes. Le port de tête et la composition générale rappellent les oeuvres réalisées par les artistes peintres de la cour Tudor. L’arrière-plan, telle une tapisserie de damas, évoque le style baroque du 18ème siècle. Les épais verres coulés forment un relief riche dans lequel la lumière joue allégrement. Leur regard, à la fois austère et légèrement mélancolique, captive toute mon attention.

Lumière naturelle

Dans l’orangerie, la lumière naturelle devient actrice des changements de l’oeuvre “Summer Solstice Spitfires” de Brian Clarke (créateur des vitraux de la Fille-Dieu). Les rayons du soleil dansent dans le feuillage du hêtre impressionnant qui déploie son branchage dans la cour du château. Cette lumière filtrée et vibrante offre des effets volatils aux teintes du vitrail. 

Un nuage passe et les Spitfire (avion de chasse) de verre coloré s’assombrissent révélant une image soudainement inquiétante. Cette illusion tient sous le charme l’observateur pris au piège d’un véritablement ensorcellement. 

Les vitraux contemporains qui ornent ce couloir baigné de lumière trouvent en ce lieu un écrin idéal à leur transparence et les jeux graphiques de leurs différentes nuances. Le visiteur se rapproche ici du grand mystère de l’art du vitrail

Le rythme des couleurs étudié par l’EPFL

Dans le passé, le spectateur avait l’habitude d’observer longuement les vitraux. Il y détectait alors le chatoiement des couleurs en lien direct avec ceux du soleil ou d’un ciel instable.

Les jaunes peuvent devenir plus chauds au crépuscule et le vert plus froid sous une aurore nébuleuse. Cette dynamique est appelée la “quatrième dimension” du vitrail. Une métaphore perpétuelle qui est étudiée de manière mathématique et scientifique par un laboratoire de l’EPFL, en partenariat avec le Vitrocentre Romont.

Un centre de recherche 

Le Vitrocentre Romont est une fondation créée en 1988, il est le partenaire scientifique du Vitromusée. Son travail de recherche de l’histoire du vitrail, de la peinture sous verre et des objets en verre est reconnu internationalement et favorise notamment la préservation du patrimoine suisse. Le centre étudie aussi la conservation et les technologies en lien avec les arts du verre.

Des expertises et des consultations sur diverses restaurations y sont également effectuées. Le centre entretient une collaboration étroite avec le milieu scientifique nationale et internationale et avec le Corpus Vitrearum. Il met à disposition des documentations iconographiques et édite régulièrement des publications.

L’art du vitrail au féminin

L’histoire de l’art a régulièrement omis de mentionner les femmes artistes, le Vitromusée ne commet pas cet impair en mettant en lumière la production artistique féminine dans l’art du verre. Il porte un nouvel éclairage sur ses collections et met en scène un volet consacré entièrement à la création féminine dans la section dédiée à la peinture sous verre. Un objectif que le musée maintient de manière permanente avec une exposition d’une douzaine d’œuvres d’artistes femmes du 18ème au 21ème siècle, soulignant ainsi l’importance de leur travail dans la création verrière.

Lumière et musique

Une musique traverse les salles du Vitromusée et baigne les oeuvres lumineuses d’une douce mélodie. Les envolées du violon et de la contrebasse convient les visiteurs à un voyage sonore unique dans un tourbillon de couleurs, de quoi éveiller tous les sens et aiguiser les perceptions.

Cette collaboration avec les jeunes talents du Conservatoire de Fribourg COF offre une nouvelle dimension au Vitromusée et aux oeuvres exposées, reliant deux arts, mais aussi des lieux et des époques contrastés.

Cette transdisciplinarité est un terrain favorisant la rêverie et le voyage intérieur, encore une autre façon d’appréhender le monde illimité de l’art du vitrail.

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